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L’ours brun des Pyrénées est un magnifique plantigrade, en général pacifique, mais en voie de disparition, car il a été chassé à outrance, d’une part, et que d’autre part le tourisme de montagne ne lui laisse plus beaucoup d’espace vital.
Heureusement
( ???) nos bureaucrates de Paris ont eu une idée, une de ces idées qui viennent derrière un
bureau, dans les pièces capitonnées des ministères si loin des réalités de terrain : puisque l’ours des Pyrénées disparaît, on va lui apporter
du sang neuf et importer des ours de Slovénie ! Ce qui fut fait.
Mais voilà… L’ours de Slovénie n’a pas derrière lui des générations de cohabitation avec les humains. Son instinct ne peut pas lui dire, lui qui est habitué aux espaces illimités, les dangers de
cette cohabitation, pour l’un comme pour l’autre. Et une polémique violente est née dans nos calmes vallées. Pour ou contre l’ours ? Chaque camp a ses passionnés. Et il y a, heureusement,
ceux qui tentent de trouver une solution intermédiaire. Mais en attendant, les attaques de troupeaux sont de plus en plus nombreuses. L’ours tue une ou deux bètes, mais les autres, affolées, avec
l’instinct grégaire qui caractérise les moutons, se jettent dans les précipices et se tuent parfois par dizaines. Les bergers appellent l’ours "le voleur de sommeil". C’est bien dire l’angoisse
qu’il suscite…
Pour l’instant, notre ministre de l’environnement a décidé de lâcher d’autres ours dans nos vallées. Alors, affaire à suivre…
Et un petit poème
de ma composition :
L’ours, roi des forêts et des vertes montagnes,
Majestueux et lourd, imposant et pataud,
Le voici maintenant parcourant la campagne,
Un anneau dans le nez, amusant les badauds…
Il ne connaîtra plus la forêt séculaire,
La myrtille odorante et le champignon roux,
le saumon frétillant bondissant dans l’eau claire,
le soleil, la rosée, les étés, le vent fou.
Dressé, maté, dompté, mené par une chaîne,
Oublieux d’autrefois et des splendeurs passées,
Dansant sous le bâton du dresseur qui le mène
Il martèle le sol de son pas cadencé.
L’homme l’a asservi. Oublieux de sa race,
Ignorant de sa force, ridicule et pataud,
Il danse maintenant sur les rues et les places
Sous les cris des enfants, les rires des badauds.
Pourtant on voit parfois dans sa prunelle sombre
Passer une lueur… un appel… comme un cri…
Il revoit vaguement le sapin et la combe
D’où on l’a arraché, lorsqu’il était petit.
Alors, humant dans l’air les senteurs printanières,
les parfums oubliés, les aromes lointains,
Recherchant dans le vent les odeurs familières,
Il fixe au loin les monts verdoyants et hautains…